La Réincarnation, selon Léon Denis.

Centre Spirite Lumière et Amour. (1)

 

Le lien entre l’Esprit et le corps se produit lors de sa réincarnation (retour à la chair) par un rapprochement gradué, par une assimilation des molécules matérielles au périsprit, (corps semi-matériel ou éthéré) lequel se réduit, se condense, s’alourdit progressivement, jusqu’à ce que, par une adjonction suffisante de matière, il constitue une enveloppe charnelle, un corps humain. Le périsprit joue ainsi le rôle d’un moule fluide, élastique, qui prête sa forme à la matière. De là découlent, en majeure partie, les conditions physiologiques de la renaissance. Les qualités ou les défauts du moule reparaissent dans le corps physique, qui n’est, dans la plupart des cas, qu’une laide et grossière copie du périsprit.

Dès que commence l’assimilation moléculaire qui doit donner naissance au corps, le trouble saisit l’esprit ; une torpeur, une sorte d’anéantissement l’envahissent peu à peu. Ses facultés se voilent l’une après l’autre, sa mémoire s’évanouit, sa conscience s’endort. L’esprit est comme enseveli sous une épaisse chrysalide.

Eclose à la vie terrestre, l’âme devra, pendant une longue période, préparer cet organisme nouveau, l’adapter aux fonctions nécessaires. Ce n’est qu’après vingt ou trente ans de tâtonnements, d’efforts instinctifs, qu’elle retrouvera l’usage de ses facultés, amoindries, il est vrai, par la matière, et pourra, avec plus de résolution, poursuivre la traversée périlleuse de l’existence. L’homme peu éclairé pleure et se lamente sur les tombes, ces issues ouvertes sur l’infini. Familiarisé avec les lois d’en haut, c’est sur les berceaux qu’il gémirait. Le vagissement de l’enfant qui vient de naître, n’est-il pas comme la plainte de l’esprit devant les tristes perspectives de la vie ? Les lois inflexibles de la nature, ou plutôt les effets résultant du passé de l’être, décident de sa réincarnation. L’esprit inférieur, ignorant de ces lois, insouciant de son avenir, subit machinalement son sort et revient prendre sa place sur terre sous l’impulsion d’une force qu’il ne cherche même pas à connaître.

L’esprit avancé s’inspire des exemples qui l’entourent dans la vie fluidique ; il recueille les avis de ses guides spirituels, pèse les conditions bonnes ou mauvaises de sa réapparition en ce monde, prévoit les obstacles, les difficultés de la route, se trace un programme et prend de fortes résolutions en vue de le réaliser.

Il ne redescend dans la chair qu’assuré de l’appui des invisibles, qui l’aideront à accomplir sa tâche nouvelle. Dans ce cas, l’esprit ne subit pas exclusivement le poids de la fatalité. Son choix peut s’exercer dans de certaines limites, de façon à accélérer sa marche.

C’est pourquoi l’esprit éclairé choisit de préférence une existence laborieuse, une vie de lutte et d’abnégation. Il sait que, grâce à elle, son véritable purgatoire. Il faut renaître et souffrir pour se dépouiller de ses vices, pour effacer les fautes ou les crimes du passé. De là, les infirmités cruelles, les longues et douloureuses maladies, la perte de la raison. (Et bien d’handicaps, dirons-nous.)

 


1 – Article envoyé par le « CELA – Centre Spirite Lumière et Amour », pour sa publication sur notre site. Paru à l’origine sur Lumière et Amour – Bimestriel Spirite, N° 22, Mars/Avril 2012, pp. 26-27.

2 – Léon Denis (1846-1927), Philosophe et écrivain spirite, auteur d’oeuvres diverses dont « Après la Mort » : pages 325, 326, 327.